L’histoire de ces formations

Depuis 2005, Télécom ParisTech propose avec l’Arcep du Burkina Faso, l’Arcep française, aux régulateurs et opérateurs des pays émergents un badge en régulation des télécommunications (RegTel) qui a pour objectif de développer les compétences, notamment économiques, des personnes en charge de la régulation des communications électroniques, que ce soit chez les régulateurs ou les opérateurs, ainsi que dans les administrations de tutelle des télécommunications.

A la suite de différents travaux conduits pour la Commission Européenne et la Banque Mondiale sur la régulation des télécommunications en Afrique, et de formations à la modélisation des coûts tenus également en Afrique entre 2000 et 2003, le directeur de l’Artel du Burkina Faso sollicite en 2004 Télécom ParisTech pour construire, avec le soutien de la Banque Mondiale, une formation à la régulation des télécommunications, s’adressant en priorité aux personnels des « jeunes » régulateurs africains.

Ce projet, mené parallèlement à la création du réseau de régulateurs francophones (Fratel), est, à la demande de Jean-Michel Hubert, Président de l’ART, très tôt intégré dans le plan d’action de Fratel, et associe dès son démarrage l’ART française (aujourd’hui Arcep).

C’est en 2005 qu’ouvre la formation à Ouagadougou avec une première promotion, dans le cadre d’une collaboration entre Télécom ParisTech, qui apporte un diplôme et des enseignants,  l’Artel du Burkina Faso et l’ART française, Fratel et la Banque Mondiale, cette dernière soutenant le financement des participants directement au niveau des agences de régulation.

Au fil des ans, le soutien de la Banque Mondiale se fera plus distant, mais le badge associera l’ANFR. Après trois promotions tenues au Burkina Faso, le Cameroun souhaite en 2008 recevoir la formation pour faciliter la venue de ressortissants d’Afrique centrale. Deux promotions, 2009 et 2010, se tiendront à Buea, ville universitaire camerounaise située près de Douala, sous la responsabilité de l’ART camerounaise. En 2011, la formation revient au Burkina Faso pour sa sixième promotion, sous la responsabilité de la nouvelle ARCE burkinabé, devenue Arcep en 2011. Le responsable de la formation est Laurent Gille, économiste, enseignant-chercheur de Télécom ParisTech.

En 2014, Télécom ParisTech ouvre une nouvelle formation délivrant un diplôme de Mastère Spécialisé en régulation du numérique. Ces diplômes délivrés par Télécom ParisTech consacrent non pas un niveau d’étude (il n’a donc pas d’équivalence dans la hiérarchie LMD) mais une aptitude professionnelle. Depuis 2010, deux mentions spéciales au diplôme (« honorable » et « très honorable ») viennent reconnaitre une qualité supérieure de certains travaux effectués. Ce diplôme respecte les conditions posées par la Conférence des Grandes Ecoles.

Un badge correspond grosso-modo en volume à un demi-mastère. Le badge en régulation des télécommunications propose un volume horaire de 270 heures (9 semaines de 30 heures) plus la rédaction d’un mémoire professionnel imposant un travail personnel important. Le mastère propose un volume horaire de 390 heures (13 semaines de 30 heures) plus la rédaction d’une thèse professionnel. Ce mémoire ou cette thèse, comprenant de 50 à 150 pages, s’inscrit généralement dans les activités professionnelles de l’étudiant. Ce mémoire sanctionne le diplôme. Ces formations ont ainsi permis de traiter plus de deux cent cinquante cas de régulation ou d’économie numérique sur le continent africain, dont certains de grande qualité.

Le badge RegTel a été suivi par plus de 233 personnes sur 10 promotions, dont environ 80% ont été diplômés. Les non diplômés sont les participants qui ne sont pas allé jusqu’à la défense d’une thèse professionnelle, soit par abandon en cours de formation (rare), soit par mutation professionnelle, soit par impossibilité personnelle ou professionnelle de parvenir à la finalisation de la thèse. Le mastère, lui, a été suivi depuis 2014 par 78 étudiants, soit un total de 311 pour les deux formations.

Effectifs cumulés des participants aux formations à la régulation de Télécom ParisTech

Chaque promotion a intégré de 25 à 35 inscrits. 75% des participants viennent des autorités de régulation. 18 pays africains ont envoyé des participants ainsi que 21 opérateurs. Les autres participants proviennent principalement de directions ministérielles chargées des TIC auxquels se sont adjoints de rares professions libérales (consultants, avocats…). La formation a principalement bénéficié aux pays d’accueil, le Cameroun et le Burkina Faso, qui interviennent pour 45% des participants. Mais de nombreux pays ont pu tirer parti substantiellement de cette formation.

Effectifs cumulés par pays d’origine

 L’impact de ces formations en Afrique a été relativement important, d’une part en améliorant les compétences des régulateurs et opérateurs, et d’autre part en créant un espace de dialogue entre eux qui a été mis à profit au sein de chaque pays. Un véritable effet promo et plus, un effet alumni, se sont développés autour du badge et du MS. Le réseau des « badgistes » s’est affirmé au fil des ans et au fur et à mesure que ceux-ci sont montés en responsabilité au sein des autorités de régulation.

Ces formations sont également le lieu où différentes origines se complètent: ingénieurs, juristes et économistes y apprennent à partager des problématiques communes. Le badge semble avoir favorisé le développement d’un marché du travail en régulation des télécommunications: des mouvements de personnel des régulateurs vers les opérateurs, mais aussi, des opérateurs vers les régulateurs, ont été suscités autour de la formation qui a ainsi joué un rôle dynamique de circulation des compétences, au sein des pays, mais également entre pays de façon à éviter des conflits d’intérêt locaux.